Vivre en Californie – Se préparer aux tremblements de terre

By Mummy B.

 

Jeudi dernier, nous sommes allés voir le film San Andreas, au Drive-in de Concord. Quelle bonne idée quand on habite dans la Baie de San Francisco d’aller voir un film catastrophe qui vient alimenter l’une des craintes majeures qui planent sur tout habitant d’une zone sismique reconnue : un tremblement de terre d’une magnitude supérieure à 9 qui détruirait intégralement une partie de notre planète!

 

Prendre conscience d’un danger étudié mais difficile à prévoir

Si le film est à l’image des grandes productions américaines (un scénario prévisible et bien souvent complètement irréaliste, des effets spéciaux d’envergure et un jeu d’acteurs assez simpliste), il n’empêche qu’on ne peut s’empêcher après l’avoir vu de se poser la question « Et si? »

Pas « Et si… notre région de résidence était rayée de la carte? », les théories sur le Big One sont légion et la perspective d’un tel événement est effrayante, mais il n’y aurait dans ce cas malheureusement plus rien à faire ou à prévoir. Et puis relativisons tout de même, si une récente étude menée par l’Institut américain de géophysique (USGS pour United States Geological Survey), dont les résultats ont été en partie publiés dans le Los Angeles Times, montre une hausse de la probabilité qu’un tremblement de terre de magnitude 8 ou plus se produise en Californie dans les 30 prochaines années, celle-ci n’est passé que de 4.3 à 7%.

Le dernier séisme approchant cette magnitude a eu lieu à San Francisco en 1906. Les données divergent, mais on parle en général d’un séisme de magnitude 7.8 à 8.2 et si à l’époque on ne mentionnait que plusieurs centaines de morts, on s’accorde aujourd’hui pour en dénombrer près de 3000 parmi lesquels un grand nombre a péri dans les incendies qui se produisirent à la suite du séisme et de ses répliques.

Image d'archives : tremblement de terre 1906 à SF
Crédit photo :  Earth of Fire

 

La vraie problématique, c’est plutôt « Et si un séisme majeur venait paralyser la Baie de San Francisco? ». En effet, les études montrent aussi qu’un séisme de magnitude 6.7 (soit équivalent au tremblement de terre qui est survenu à Northridge, un quartier de Los Angeles en 1994) pourrait survenir tous les 6.3 ans dans l’Etat (fréquence qui a été revue à la baisse, puisqu’elle était initialement de tous les 4.8 ans lors de l’étude précédente datant de 2008).

 

Alors que faire si nous sommes bloqués chez nous pendant plusieurs jours sans eau courante ou électricité, sans un plein de courses alimentaires à disposition, sans secours disponibles pour nous évacuer? Que faire si nous n’étions pas ensemble à ce moment là et que tout moyen de communication est coupé? Que faire si nous étions partis en balade pour l’après-midi et que nous nous retrouvions bloqués en pleine nature avec juste un goûter et une bouteille d’eau pour seules vivres?

Le film a donc réveillé nos consciences qui avaient déjà été alertées début avril quand, seule avec Mimi B. (Daddy B. étant en déplacement à Denver), j’ai ressenti mon premier tremblement de terre. Il était de faible magnitude (3.5 sur l’échelle de Richter) et je n’ai même pas su identifier clairement le phénomène au moment où c’est arrivé. Ce n’est qu’en regardant les news sur internet le lendemain que j’ai eu la confirmation qu’il s’agissait bien d’un petit séisme. D’autres ont eu lieu récemment dans la région, notamment un tremblement de terre assez sérieux (magnitude 6) avant notre arrivée en Californie en septembre dernier au sud de la Napa Valley, qui a non seulement ébranlé la région mais aussi les esprits de tous les habitants de la Baie.

 

 

Comprendre le phénomène des tremblements de terre

 

Magnitude, intensité… ça veut dire quoi?

On parle souvent de la magnitude, qui définie l’énergie libérée lors du séisme, sans toujours prendre la mesure de l’intensité qui se cache derrière ce chiffre. Je partage donc ici un tableau qui met en rapport les différents niveaux de l’échelle de Richter avec l’échelle de Mercalli qui évalue le ressenti humain si l’on se trouve près de l’épicentre et les dégâts matériels pouvant être engendrés.

 

Richter VS Mercalli
Crédit photo : Atlas CNCA

 

Comment étudie-t-on le risque et les activités sismiques de notre planète?

L’étude scientifique des tremblements de terre est assez récente puisqu’elle n’a réellement commencé qu’au début du XXème siècle. Ainsi, les diverses sciences qui permettent d’en savoir plus sur ce phénomène ne cessent de s’améliorer avançant des prévisions et des résultats de plus en plus pointus. Cependant il reste toujours impossible de prévoir précisément le lieu et le moment auquel arrivera un séisme. En général, on ne peut prédire plus d’une minute en avance la localisation et l’ampleur d’un tremblement de terre, ce qui rend donc difficile la mise en place de dispositifs d’alerte fiable ainsi que l’évacuation des populations et la mise en sécurité des bâtiments à risque et du patrimoine historique.

Néanmoins plusieurs sciences telles que la sismologie (étude de la propagation des ondes sismiques et des mouvements du sol), la géologie (étude des parties directement observables de la Terre permettant d’en comprendre la nature, la distribution et l’histoire), la géodésie (science ayant pour but de déterminer la forme et les dimensions de la Terre) ou encore la paléosismologie (étude des traces laissées dans les dépôts géologiques récents par d’anciens forts séismes) permettent de mettre en évidence différents paramètres et d’en savoir toujours d’avantage sur ce phénomène que l’homme a longtemps pris pour un message divin. Imagerie spatiale, exploration des fonds marins, prise de mesure au laser et tout un tas d’autres progrès scientifiques récents sont tout autant de moyens d’étudier et de préciser le risque sismique.

 

Le système de failles dans l’Etat californien

 

La Californie est un Etat en grande partie montagneux. Ce relief résulte de la tectonique des plaques, c’est à dire des mouvements des plaques constituant la lithosphère (l’enveloppe terrestre rigide à la surface de la Terre). En effet l’état californien s’étend sur deux plaques tectoniques : la Plaque Pacifique et la Plaque Nord-Américaine.

Les plaques lithosphériques
Source : SVT et biologie de première

 

C’est à la rencontre de ces deux plaques qu’est née, par un phénomène de subduction, la célèbre Faille de San Andreas qui sépare la Californie en deux.

Subduction des plaques
Source : Dive and Discover

 

Mais plus qu’une seule grosse faille, c’est tout un système de failles qui soumet la Californie à de multiples séismes plus ou moins sévères tout au long de l’année. En effet si la Faille de San Andreas en est le nerf central, de multiples segments de failles s’étendent sur 1300 kilomètres de long et 140 kilomètres de large composant ainsi une large zone sismique susceptible de se décharger à n’importe quel moment et qui produit en moyenne annuellement 200 séismes d’une intensité pouvant être ressentis par l’Homme.

Système de failles Californie
Source : USGS

 

 

Les mesures de sécurité prises par l’Etat de Californie

 

Si on ne peut prédire longtemps à l’avance le jour, l’heure et l’endroit exacts d’un séisme, un système d’alerte en temps réel a été mis en place au niveau international (notamment au Japon, à Taiwan, au Mexique ou en Turquie). Il s’agit du Earthquake Early Warning System (EEW System) qui peut donner l’alerte d’un séisme sur une zone donnée jusqu’à une minute en avance. Si ce laps de temps parait minime, il ne faut pas négliger ces secondes cruciales qui permettent par exemple de ralentir et arrêter les trains et les avions au sol, empêcher les voitures de s’engager sur les ponts et sous les tunnels, bloquer les accès aux ascenseurs, d’écarter les travailleurs de machines dangereuses ou impliquant un risque chimique, prévenir les chirurgiens avant qu’ils ne commencent leurs opérations…  et d’ainsi limiter certains dégâts matériels et pertes humaines.

L’état californien était en retard par rapport à un grand nombre de pays situés en zone sismique à risque ayant déjà mis en place ce système et ne se reposait que sur son CISN (pour California Integrated Seismic Network) qui avait besoin d’être amélioré pour correspondre aux normes et à l’efficacité d’un EEW System.

Depuis 2007, l’USGS travaille en partenariat avec plusieurs universités californiennes (dont Caltech et UC Berkeley) à la mise en place de ce système d’alerte en Californie, rebaptisé ShakeAlert et appuyé par un financement du gouvernement fédéral de plusieurs millions de dollars et de fondations privées tels que la Gordon and Betty Moore Foundation.

Si le système est toujours en cours de développement et de perfectionnement, il a déjà pu envoyer des alertes en temps réel à des utilisateurs testeurs depuis 2012.

 

Réagir avant, pendant et après un séisme

 

SE PREPARER AVANT UN TREMBLEMENT DE TERRE :

Avant même qu’une catastrophe arrive, il est toujours préférable d’y être préparé et d’avoir déjà mis en place un certain nombre de choses.

 

Le kit de survie : 

Avant que les secours ne puissent être sur place, il faut pouvoir subvenir à ses besoins vitaux pendant plusieurs jours (trois au minimum, le mieux étant de prévoir assez pour une semaine).

De manière prioritaire, il faut penser à l’eau et à la nourriture en quantité suffisante. On privilégie souvent les aliments aux dates de péremption longues et faciles à utiliser en cas de coupure de gaz ou d’électricité.

Quelques idées : barre de céréales, noix, boites de conserve (avec un ouvre-boite manuel et pas électrique)… et le cas échéant du lait en poudre et des aliments spéciaux pour bébé ainsi que de la nourriture pour les animaux de compagnie

 

A prévoir aussi : une trousse de premiers soins, des lampes torches (avec des piles en quantités suffisantes), des couvertures, des chaussures et vêtements de rechange…

Notre trousse de premiers soins

Nous avons prévu d’avoir à la fois un kit de survie chez nous, mais aussi un kit plus restreint de première urgence dans la voiture au cas où nous ne serions pas à notre domicile si un tel événement survenait.

 

Consignes familiales : 

Au cas où la famille serait séparée lors du séisme, il peut sembler nécessaire d’avoir au préalable établi quelques consignes de conduite familiale tels que :

– définir un proche éloigné géographiquement de la zone à risque que l’on préviendra que l’on va bien et de où on est

– prévoir un lieu de rassemblement au cas où le domicile ne serait pas une option

 

Pour les expatriés français, s’inscrire au registre des français établis hors de France : 

Il est important que le consulat soit au courant que vous étiez présent sur la zone touchée et puisse intervenir en conséquence.

 

LES CONSIGNES DE SECURITE PENDANT ET APRES UN SEISME :

Le Conservation Department of California donne une liste complète des mesures de précaution et de sécurité à prendre en cas de séisme.

 

Vous retrouverez ici les principaux conseils :

Pendant un tremblement de terre :

Il est conseillé si l’on est à l’intérieur de ne pas sortir. Le mieux est de se protéger sous une table ou un bureau ou de se tenir contre un mur intérieur. Il faut rester au maximum à l’écart des murs extérieurs et des fenêtres et s’éloigner de tout ce qui peut représenter un danger potentiel (cuisine, cheminée, meubles encombrants…).

Si l’on est à l’extérieur, le mieux est de trouver une place dégagée. Il faut au maximum s’éloigner des lignes électriques, des arbres et de tout ce qui pourrait nous tomber dessus.

En voiture, il est préférable de mettre sa voiture sur le bas côté et de s’arrêter.

Dans un lieu public bondé, il ne faut pas céder à la panique. Il vaut mieux éviter de se laisser entraîner dans les mouvements de panique en ne se précipitant pas vers les sorties de secours, mais au contraire en se protégeant au maximum sur place (rester au sol et se protéger la nuque avec ses bras et ses mains).

 

Après un tremblement de terre : 

Il est conseillé de vérifier les éventuels risques d’incendies, notamment prévisible par les odeurs de fuite de gaz  ou par des dommages visibles dans le système électrique (couper le gaz ou l’électricité le cas échéant).

Si le bâtiment dans lequel on est semble trop fragilisé par les secousses, il vaut mieux le quitter pour prévenir un éventuel effondrement.

Des répliques peuvent survenir suite aux séismes, il faut donc rester au maximum en sécurité et suivre si possible les consignes de sécurité et les informations disponibles à la radio.

Au cas où l’on quitte son domicile, il est préférable de laisser un message écrit sur place pour prévenir de où l’on se rend. De même, si on en a la possibilité prévenir ses proches que l’on va bien est essentiel pour les rassurer. Le site de la Croix Rouge Américaine a notamment mis en place une plateforme pour ce genre de cas.

 

Pour en savoir plus, vous pouvez lire les documents (en anglais) produits par le USGS et le Department of Conservation of California que j’ai étudié pour écrire cet article :

Document PDF sur la Faille de San Andreas mis à disposition par l’USGS, le CGS (California Geological Survey) et le SCEC (South California Earthquake Center)

Etude sur les probabilités de séismes entre 2000 et 2030 dans la Baie de San Francisco par l’USGS

UCERF3, Prévision sur les tremblements de terre en Californie – Version 3 par l’USGS

Les consignes de sécurité en cas de séisme du Department of Conservation of California

 

 

La photo du mois de juin : Orange
Projet 52 - Semaine 24

12 Réponses

  1. Très intéressant ton article Eva. J’avoue qu’on a pas vraiment de réserves de nourriture de côté, ni de trousse de secours… :-/

    Bon allez je vais essayer de me mettre à jour, il vaut mieux être prévoyant même si j’aimerais ne pas avoir besoin de m’en servir.

    • Eva B

      Merci! 🙂 Oui, on espère aussi ne jamais avoir à se servir des kits de survie. Mais au cas où, c’est mieux de savoir qu’ils sont là. 🙂

  2. Bel article (dixit une prof de SVT !)

  3. Maïe-Lenn

    Nous sommes allés le voir aussi. Pour nous, qui avons voyagé en Californie et qui un jour peut être, y poserons nos bagages, nous avons été perturbés! Ça fait super mal au ventre! Voir toutes ces jolies choses, ses beaux endroits détruits comme un château de carte… Merci pour ton bel article et toutes ces explications dignes de l’école!

    • Eva B

      Merci pour ton message! 🙂 Je vous souhaite de concrétiser votre projet d’expatriation. C’est vrai que c’est très étrange de voir toutes ces choses qui représentent notre quotidien dévastés. Heureusement comme tout film catastrophe, on est sans doute loin de ce qui se passerait vraiment.

  4. Même si ça fait peur, il vaut mieux prévoir… Article très intéressant et très bien documenté. comme d’habitude … Bisous

    • Eva B

      Merci, ça me fait très plaisir que tu ais apprécié l’article même si j’imagine bien que ce n’est pas évident pour vous qui êtes loin d’envisager que ça pourrait nous arriver. On reste positif, hein! C’est pas tous les jours quand même! Mais c’est sûr qu’il vaut mieux être préparer au cas où… 🙂 Gros bisous de nous 3.

  5. C’est intéressant car côté consigne de sécurité, il y a des différences avec ce que j’ai appris au Japon. Nous y étions pendant la journée de sensibilisation aux tremblements de terre et toute la semaine nous avons eu le droit aux documentaires, aux exercices dans les écoles (avec un vrai hélico qui vient lacher de la vrai eau dans la cours de récré, même de loin c’était impressionnant à voir).
    En gros, il faut toujours avoir un sac kit de survie à l’entrée de la maison. Pendant le tremblement de terre, se protéger comme tu le dis. Puis dès que c’est fini, attraper le sac et descendre. C’est là que ça coince : chacun descend seul et se retrouve en bas de l’immeuble/dans la rue. Si après quelques minutes toute la famille n’est pas rassemblée, la consigne est d’aller au point de rassemblement du quartier seul. Même un enfant de maternelle sait s’y rendre seul. La seule chose autre que sortir qu’un adulte doit faire, c’est couper le gaz dans la cuisine s’il était allumer (en train de cuisiner par exemple).
    Perso, ça me stresse énormément. J’étais stressée avant d’aller au Japon et il n’y a eu qu’un tremblement de terre (pas énorme) mais j’ai eu l’estomac noué le reste de la nuit.

    • Eva B

      C’est vrai que les différences peuvent vraiment être surprenantes d’un pays à l’autre. Merci pour ton partage d’expérience qui permet d’envisager comment ça se passe ailleurs. Par contre, imaginer ma pitchoune se rendre seule dans un tel moment dans un lieu de refuge rempli d’inconnus… bon en fait non, je préfère ne pas imaginer!!!

      Je comprends pour l’estomac noué toute la nuit! Pour avoir vécu un petit séisme, c’est plus envisager ce qui pourrait arriver si la magnitude avait été plus élevée qui fait cogiter.

  6. Plein de bons conseils. Ici, les kits de premiers secours sont obligatoires dans les voitures de toutes façons. Et on ne redit jamais assez, aux expats, de bien s’inscrire au registre des français hors de France. Sinon, en plus de tout ça, ça ne t’a pas donné envie de suivre une formation aux premiers secours? Ça reste un excellent moyen pour se préparer, et pas seulement aux séismes 🙂

    • Eva B

      Merci beaucoup pour ton message.
      C’est vrai que les messages et conseils sont nombreux mais il faut ensuite les appliquer… et ça c’est moins évidents!
      je trouve ça super que les kits de premier secours soient obligatoires dans les voitures chez vous. Quand on voit qu’en France, on a eu du mal à faire passer le gilet de sécurité et le triangle… il y a encore des efforts à faire dans certains pays!
      Pour la formation de premier secours, j’ai eu mon AFPS quand j’étais lycéenne et j’ai fait une formation spéciale premiers secours pour les enfants à Singapour (une bonne piqûre de rappel et des compléments d’informations liés à la vie dans les tropiques).

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